Texte rédigé par Catherine Richarté, archéologue ingénieure de recherche à l’Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives) à Éguilles, docteure en Histoire médiévale et administratrice Arc Fleuve Vivant.

L’eau est l’une des ressources les plus imbriquées dans les rapports sociaux et culturels. La relation homme/environnement, les modes d’organisation du territoire, les rapports de production, les agencements institutionnels, les relations de pouvoir, les systèmes de valeurs et les identités, sont autant de clefs de lecture que nous pouvons faire. Voir «Anthropologie et eau(x) affaires globales, eaux locales et flux de cultures », par Barbara Casciarri et Mauro Van Aken, Journal des anthropologues, 2015.

En matière d’Archéologie et de Patrimoine, l’eau, avec, en l’occurrence, l’Arc, ce petit fleuve côtier, a bien sûr marqué et déterminé les implantations humaines, et cela, depuis la Préhistoire. Un abri sous-roche n’est jamais très éloigné d’une source ou d’un cours d’eau. Les établissements agricoles romains, puis médiévaux, sont aussi fréquemment installés dans la proximité d’une rivière. Vaste unité géologique qui se développe sur un peu plus de 50 km de Trets à l’amont à la dépression de l’Étang de Berre, le bassin de l’Arc a été l’objet d’intenses analyses concernant les relations homme-milieu. 

Toutefois, l’archéologie ne nous dit pas tout. Elle ne livre qu’un état de la question à un moment de la recherche. La connaissance n’est donc pas exhaustive. Ces éléments répertoriés ci-dessous ne sont que l’amorce d’une enquête à poursuivre et à amender.

En l’état, ce sont deux sources principales d’informations qui permettent bien imprécisément de donner une image de l’occupation humaine aux abords du tracé du fleuve. Cette zone, carrefour de grande importance historique, a fait dernièrement l’objet d’un double recensement à travers la création d’une collection (Académie des Inscriptions et Belles Lettres) faisant le bilan des connaissances (occupation des sols et géographie historique des communes de la fin de l’âge du Bronze à la fin de l’Antiquité). Cette unité a bénéficié d’une approche pluridisciplinaire : archéologues, géomorphologues (branche de la géographie étudiant les formes du relief terrestre, notamment le rôle de l’érosion dans la formation des paysages), spécialistes de la paléo-écologie (étude des relations des êtres vivants fossiles avec leur milieu), malacologues (branche de la zoologie consacrée à l’étude des mollusques), palynologues (discipline appliquée à l’archéologie étudiant les pollens et spores fossilisés), anthracologues (analyse des charbons de bois et de leur provenance) se sont associés pour enquêter. 

Ces ouvrages sont une sorte de pré-inventaire regroupant des informations archéologiques contenues dans des notices. 

La publication de ces « Cartes archéologiques » livre des données, mais qui n’englobent pas les vestiges des périodes médiévale, moderne et subactuelles.

Deux volumes nous intéressent principalement, celui consacré à Aix-en-Provence, Pays d’Aix, Val de Durance (Carte archéologique de la Gaule, C.A.G. Tome 13/4) de Fl. MOCCI et N. NIN, 2006.

Puis, celui portant sur les rives de l’Etang-de-Berre (Carte archéologique de la Gaule, C.A.G. 13/1), compilé par F. Gateau, Fr. Trément et Fl. Verdin, 1996.

Pour l’heure, seul le volume sur le pays d’Aix a été exploité (et, encore non exhaustivement). C’est un travail en cours et de longue haleine….

1- Aix-en-Provence, Pays d’Aix, Val de Durance (Carte archéologique de la Gaule, C.A.G. Tome 13/4) orange Protohistorique / bleu Romain/rose Médiéval/vert Moderne/marron Subactuel.

  • Protohistoire

423 – Oppidum de Sainte-Propice, à Velaux, (CAG : n°423 a-b, p. 452), occupation de hauteur, Âge du Fer ?

562- Oppidum de Meyne, du Deven ou dit du Deffend de Meynes, rive gauche de l’Arc (CAG : n°562, p. 485-6), occupation de hauteur, rempart, habitat, silos à céréales VIe av. n. è (avant notre ère). – Ier-IIe ap. n. è (après notre ère).

  • Antiquité

563- Montaiguet ou Mont aigues : établissement romain / sépultures (CAG : n°563, p. 486)

418e – Pont de l’Arc / Pont av. P. Brossolette (RN8) franchissement de l’Arc, vestige d’un ouvrage en forme d’éperon, piles du pont antique : tronçon de la voie aurélienne vers Marseille de franchir la rivière (CAG : n°418a, p. 451). Tronçon de voie que l’on suit également à Luynes (CAG : n°418e, p. 451).

425- Pont Saint-Pons : Château et chapelle (CAG : n°425, p. 452) autre tronçon chemin de desserte (Voie aurélienne ?) certainement, présence d’établissements antiques (CAG : p. 453)

570- Aqueduc [enterré] de Saint-Antonin-sur-Bayon (CAG : n°570, p. 491) dont tracé se suit sur 16 km alimentait non pas Aix mais de vastes établissements agricoles situés au sud et à l’est de l’agglomération (Cf. La Morée, Meyreuil)

  • Période médiévale

Pont de Saint-Pons

Il s’agit d’un pont routier (D 543) franchissant le fleuve Arc au lieu-dit Saint-Pons, à l’ouest d’Aix-en-Provence. Il aurait été construit au début du XIVe s., il a été élargi au milieu du XVIIIe s., et est toujours en service. 944/06/16 : classé MH (Monument Historique) ; 2023/12/18 : inscrit MH

  • Période moderne

Pont des Trois-Sautets (XVIIe s.)

Ce pont enjambe la rivière de l’Arc. C’est un pont à une seule arche à dos d’âne. Sa construction remonterait à 1655. Il n’est ni classé, ni inscrit MH.

Oratoire Notre-Dame (XVIIIe siècle), à quelques dizaines de mètres de l’entrée nord du pont, se trouvait un oratoire daté de 1720 et qui fut inscrit à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques par arrêté du 22 juillet 1935, qui a été détruit, puis reconstruit.

Domaine de Saint-Pons

Château et dépendances (logis Ouest, ancien péage-auberge, moulin, maison forestière, chapelle porcherie, anciennes écuries

  • Subactuel

Aqueduc de Roquefavour

Construit de 1841 à 1847, l’Aqueduc de Roquefavour à Ventabren est un des plus hauts aqueducs du monde en pierre de taille. Il franchit la vallée de l’Arc et enjambe tout à la fois l’Arc, la route d’Aix-en-Provence à Berre ainsi que la voie ferrée menant d’Aix à Rognac. Classé au titre des Monuments Historiques depuis 2005, l’Aqueduc, qui est en exploitation, permet d’acheminer l’eau de la Durance jusqu’à Marseille et les communes voisines via le canal de Marseille.

Autres points d’intérêt : livret de la ville d’Aix-en-Provence sur « L’eau, notre patrimoine » Fontaines et ouvrages hydrauliques (aqueducs, adductions, etc.).

Notes bibliographiques

Benoit (F.), Recherches archéologiques dans la région d’Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône). In: Gallia, tome 5, fascicule 1, 1947. pp. 81-122

Blanchet (Ph.), Petit dictionnaire des lieux dits en Provence, Librairie Contemporaine, 2003

D’Anna André, Leveau Philippe, Mocci Florence. « La montagne Sainte-Victoire de la Préhistoire à la fin de l’Antiquité : les rythmes de l’occupation humaine (prospection-inventaire 1989-1992)« . In: Revue archéologique de Narbonnaise, tome 25, 1992. pp. 265-299.

Gateau (F.), Trément (Fr.) et Verdin (Fl.), Carte archéologique de la Gaule : Rives de l’Etang-de-Berre (C.A.G. Tome 13/1), 1996.

Mocci (Fl.), Nin (.), Carte archéologique de la Gaule : Aix-en-Provence, Pays d’Aix, Val de Durance. (C.A.G. Tome 13/4). 2006.