Promenade de l'Arc à Aix-en-Provence

Tribune : Sauvons les fleuves côtiers de Provence

Alarmée par l’insuffisante prise en compte de la question de l’eau et de la préservation des fleuves côtiers de Provence dans le cadre du projet de PLUi (Plan Local d’Urbanisme intercommunal) du Pays d’Aix et plus largement de la Métropole Aix Marseille Provence, notre association Arc Fleuve Vivant est à l’origine d’une Tribune signée par des associations et personnalités du monde universitaire, entrepreneurial et politique, relayée dans la presse régionale.

Voir notre Tribune ci-dessous et la liste des signataires.

Nous sommes à un moment stratégique pour notre aire métropolitaine où un document administratif d’envergure, le PLUI (Plan local d’Urbanisme  intercommunal), va dessiner notre avenir et celui de nos enfants pour les vingt années à venir dans les 92 communes de la Métropole Aix-Marseille.

Suite aux critiques sévères de la MRAE (Mission régionale de l’Autorité environnementale), de l’ARS (Agence régionale de Santé) et FNE (France nature environnement) nous, Arc Fleuve Vivant, associations, citoyens, experts, universitaires, enseignants-chercheurs, compétents dans des domaines aussi variés que l’hydrologie, l’archéologie, le droit environnemental, l’économie, les sciences sociales et bien d’autres, souhaitons lancer un cri d’alarme contre les insuffisances  des documents de la Métropole et, en particulier celui du Pays d’ Aix (36 communes sur 92), en matière de gestion et protection de l’eau douce dans notre région, en complet décalage avec les exigences affichées du PADD (Projet d’aménagement et développement durable) et autres orientations générales. Ajoutons également que le Pacte Vert envisagé par le Parlement européen contient à la fois des obligations de renaturation, autant qu’une protection renforcée des zones humides pour toute l’Europe. Le PLUi proposé en pays d’Aix va à l’inverse de cette logique.

Long de 85 km de Pourcieux jusqu’à l’Étang de Berre, l’Arc est le fleuve côtier majeur du Pays d’Aix, reliant de nombreux villages provençaux entre eux, auquel il convient d’ajouter, la Touloubre, la Cadière, la Durançole qui alimentent ensemble l’étang de Berre. La survie de ces fleuves côtiers est cruciale pour notre région, ses habitants, son agriculture, son attractivité, ses paysages. Ce sont nos poumons verts, nos meilleurs supports de biodiversité, flore et faune, ripisylve, poissons de rivière, oiseaux, insectes, mousses, lichens. Ils assurent le maintien de nos sols et de notre agriculture, des températures supportables en été et sont ainsi les garants du bien-être et de la santé de la population.

Si l’on s’en tient au PADD du pays d’Aix, celui-ci stipule que le PLUI doit “ maîtriser les extensions urbaines”, “reconstruire la ville sur la ville”, “préserver les zones humides”, “limiter  la consommation excessive de zones péri-urbaines”, “s’appuyer sur des éléments forts de paysages, en préservant la trame bleue et verte”. Or c’est un fleuve Arc encore plus enclavé et contraint par l’urbanisation et l’étalement urbain que nous livre le document métropolitain.  Pour ne citer que quelques exemples : aux Milles, agrandissement de l’aérodrome en zone d’expansion de crue de l’Arc, à Aix un zonage en urbanisation intense autour du pont des Trois Sautets, à Meyreuil près de 370 logements et commerces autour des ponts du Canet et de Bayeux, à Simiane-Collongue projet de zone artisanale et industrielles sur les terres agricoles du Safre en bordure du vallat de Babol, affluent de l’Arc, etc.

L‘absence de toute OAP thématique sur l’eau est très inquiétante également : alors que l’on sait déjà que les pluies seront de moins en moins fréquentes, que la recharge automnale des nappes phréatiques se fait mal et que notre avenir, si rien n’est fait, sera celui dramatique des Pyrénées orientales. Nous demandons donc solennellement aux élus de la région de prendre en compte les données scientifiques suivantes : aggravation de la crise climatique, élévation des températures, diminution de la ressource en eau face à l’affaiblissement  programmé de la ressource des Alpes, tout cela, en parallèle, avec une augmentation de la population locale.

Nous souhaitons :

– Une refonte totale du PLUi, avec le gel et l’arrêt de tous les projets d’urbanisme le long de l’Arc et de l’ensemble de ses affluents, ainsi que de tous les fleuves côtiers de la région, dans une optique bioclimatique, et ce, pour protéger toutes les zones humides. 

– La fin de l’étalement urbain qui fait glisser les villages provençaux des hauteurs jusqu’aux rives, aggravant l’artificialisation des sols et des berges, ainsi que les risques d’inondations sévères en cas de crue. 

– Nous proposons que les communes et les collectivités locales utilisent les moyens administratifs dont elles disposent, et ils sont nombreux – préemption, réserve foncière, ripisylve, espace boisé classé, élément de paysage, espace naturel sensible, etc. Avec un classement des ponts anciens aux monuments historiques et périmètre de sauvegarde, cela pour préserver l’Arc, les fleuves côtiers, l’eau, les paysages et la vie en Provence.

Fait par Arc Fleuve Vivant, le 15 mars 2024.
Liste des signataires.

Illustration : Promenade de l’Arc à Aix-en-Provence, mars 2023
AFV Licence CC BY NC SA.

Contribution d’Arc Fleuve Vivant à l’enquête publique du PLUi du Pays d’Aix

 
Jeudi 4 avril à midi s’est clôturée l’enquête publique pour le projet de PLUi (Plan Local d’Urbanisme intercommunal) du Pays d’Aix, un chantier de longue haleine qui fait suite à la création de la Métropole Aix Marseille Provence en 2016 et qui vise à redéfinir l’aménagement du territoire, des règles de construction à la préservation des espaces naturels, à l’échelle de ce PLUi du Pays d’Aix pour les 36 communes s’y rattachant, et, à terme, à celle de la métropole toute entière et de ses 92 communes. 

Notre association Arc Fleuve Vivant, dont la création à l’automne 2023, est étroitement liée aux graves manquements de ce projet de PLUi du Pays d’Aix par rapport à la préservation de l’Arc et de ses affluents, et plus largement de celle des cours d’eau, des zones humides et des ressources en eau, a, évidemment, fait une contribution, comme on appelle ce genre de document, à cette enquête publique. Vous pouvez consulter cette contribution en la téléchargeant ici.

Les résultats de cette enquête publique et la prise en compte éventuelle des contributions ne seront connus qu’à la fin 2024, ce PLUi du Pays d’Aix devant ensuite être voté en conseil de Métropole, mais d’ici là d’autres procédures, notamment du SCOT (Schéma de Cohérence Territorial) métropolitain sont encore en cours. Arc Fleuve Vivant ne manquera d’y participer pour se faire entendre à tous les niveaux de la décision publique et prépare sans attendre de nouvelles actions que nous vous présenterons prochainement.

Communiqué de presse commun : Arc Fleuve Vivant et Respire Trets pour la défense de l’Arc et des fleuves côtiers


Grave situation de crise pour l’Arc et tout son écosystème, où sont les réactions ?

En date du 16 février, Stéphanie Fayolle, hydrobiologiste algologue à AMU (Aix Marseille Université) alertait nos deux associations sur « une marée verte » suspecte à Trets. La presse locale, immédiatement informée, signait deux articles documentés soulignant des suspicions d’une contamination de l’eau par des rejets d’engrais azotés entraînant la prolifération rapide et subite de cyanobactéries à l’origine de ces efflorescences vert fluo sur près d’un kilomètre.

Après plusieurs prélèvements et analyses dans son laboratoire, Stéphanie Fayolle confirmait son diagnostic initial en précisant « qu’une fois en place ces cyanobactéries, comme le virus de l’herpès dans un corps, ne meurent jamais et sont persistantes en attente d’une réactivation en réponse à un signal nutritif » …

La décomposition minérale de cette marée verte va engendrer un appauvrissement de l’oxygène dissous et par conséquent asphyxier et condamner tous les organismes vivants du milieu aquatique. Ces cyanobactéries produisent aussi de nombreuses toxines potentiellement nocives pour la santé environnementale, domestique et humaine.

À Aix-en-Provence, le long de la Promenade de l’Arc – Christine Bernard, nous constatons de légers grésillements dans l’eau accompagnés de bulles et d’odeurs suspectes. À notre connaissance, malgré nos signalements, aucun prélèvement ni analyse ne sont venus expliquer ce phénomène surprenant.

Nos fleuves côtiers en Provence, tels que l’Arc, la Touloubre, l’Huveaune, les Aygalades avec leurs affluents, certes modestes par leurs dimensions et leurs faibles pentes, sont indispensables au maintien de températures supportables, la fertilisation de nos terres, la biodiversité. Ils sont des éléments constitutifs majeurs des paysages de plaine et participent grandement au bien-être et à la santé de nos populations. Autrement dit, une crise écologique de cette ampleur, relevant de pollutions très fortes, sur de petits écosystèmes fragiles, risque bien d’avoir un effet à la fois considérable et fortement destructeur.

Nos fleuves côtiers sont vulnérables, fébriles et menacés par la crise climatique, les activités humaines, la faible recharge automnale due au manque de pluies, l’élévation des températures et les forts étiages que cela provoque. Nous constatons, à notre grand regret, que dans les documents cadres et particulièrement le SCOT du pays d’Aix (schéma d’organisation territoriale), ils ne bénéficient d’aucune des sept mesures de protection prévues : ZNIEFF zones naturelles d’intérêt écologique faunistique et floristique – zones spéciales de conservation – sites protégés par arrêté préfectoral- réserves naturelles- espaces naturels sensibles- parc régional). Ceci n’est pas acceptable.

La ressource d’eau douce est un enjeu majeur pour notre région. Les générations futures risquent de payer très cher l’aveuglement et le déni de nos autorités locales. Nous sommes persuadés que devant l’urgence climatique et face à la complexité du statut juridique des fleuves côtiers qui sont de droit privé et dont les rives sont entièrement privatives, seule l’approche juridique que propose ARC FLEUVE VIVANT avec la création d’entités naturelles juridiques (ENJ), telles que déjà accordées aux Salines de Martinique ou à la Mar Menor en Espagne, est apte à assurer leur survie durable, voire leur restauration. Avec une personnalité juridique, les fleuves côtiers pourront exister face à la justice et être défendus contre toutes les actions délibérées ou accidentelles, portant atteinte à leur intégrité. Doublée de la désignation de représentants ou porte-voix pour ces écosystèmes fragiles, la démarche assure aussi la réactivité et la traçabilité nécessaire face aux urgences comme celles que nous venons de connaître.
Stéphanie Fayolle par sa proximité avec le fleuve ARC et sa spécialisation professionnelle, est une lanceuse d’alerte pertinente et scientifique. Mais combien en faudrait-il le long des 85 km du fleuve pour réellement assurer sa survie ?

ARC FLEUVE VIVANT demande que la démarche des Droits et la désignation de représentants des fleuves soient initiées pour la survie de l’ARC et de tous les fleuves côtiers de notre aire métropolitaine.

Illustration : Pollution de l’Arc sur la commune de Trets, photo prise par l’association Respire Trets, fevrier 2024.
AFV Licence CC BY NC SA.