Blog au fil de l’Arc

Biodiversité de l’Arc : la vie commence ici

Plus on connait l’Arc, plus on l’apprécie et plus on a à cœur de le protéger.

Pour faire mieux connaitre le fleuve de l’Arc et ses affluents trop invisibilisés par l’urbanisation ces dernières décennies et dont l’importance vitale pour notre territoire est également trop minimisée, notre association Arc Fleuve Vivant lance une nouvelle rubrique sur son site web, intitulée Arc, le fleuve.

Dans cette nouvelle rubrique, nous allons régulièrement diffuser des articles de fond sur différentes thématiques, dont la biodiversité, avec une première publication traitant précisément de là où débute : Arc Fleuve Vivant, la vie commence ici.

Bonne lecture et attendez-vous, peut-être, à être surpris !

Illustration par Philippe Chabanon, administrateur AVF LPO.
AFV Licence CC BY NC SA.

Lettre ouverte aux Moustachus de Deluxe


Votre Super Moustache Festival va bientôt battre son plein près de mes rives et je vous écris, car je suis inquiet pour toute la biodiversité que j’abrite. Comme je sais que vous êtes aixois, j’imagine que vous avez deviné qui je suis. 

Oui, c’est moi l’Arc, le petit fleuve au bord duquel vous aimez peut-être vous promener ! Je ne suis pas aussi fringant que vous. Moi, je suis apparu bien avant les dinosaures, la Sainte-Victoire et la Méditerranée. Et aujourd’hui, on ne peut pas dire que je suis à la fête !

Désormais, on entrave mon cours et celui de mes affluents sous le béton et mon eau est le reflet de la pharmacopée de l’homme moderne : nitrates, nitrites, benzènes, plastiques, antibiotiques… Je pleure la vie aquatique et les baignades d’antan qui autrefois égayaient mon parcours du Mont Aurélien jusqu’à l’étang de Berre !

Je me rappelle encore le bon temps des virées au pont des Trois Sautets de deux élèves du lycée Mignet : un certain Paul Cezanne, fils de banquier qui rêvait des beaux-arts dans sa bonne ville d’Aix, et l’autre, Émile Zola, fils d’émigré italien, risée de ses camarades qui l’appelaient « GorgonZola », et qui se destinait au journalisme ! Il paraît que j’ai laissé une trace dans leurs œuvres.

Tout vieux que je suis, je reste, sans me vanter, le lien et l’artère vitale qui traverse et irrigue la Provence, avec mon chevelu d’affluents. Mes arbres poussent grâce à mon eau et abritent les oiseaux qui chantent dans ma ripisylve, la forêt très spéciale de nos berges que nous, cours d’eau, faisons naître. Ceux-ci ont des goûts très sélectifs et s’ils peuvent se délecter de la musique douce, ils sont faciles à effaroucher et le rock ne leur va pas du tout !

Et voilà maintenant que je suis enclavé, rompu, cerné de toutes parts, des Moustachus viennent, en plus, installer un Super Moustache Festival à deux pas des quelques berges disponibles que les promoteurs n’ont pas encore raflées  ! 

Je suis flatté, mais comprenez que je sois inquiet. Je sais que vous êtes débordants d’énergie et de créativité. Mais moi, mes arbres, mes animaux, nous sommes devenus très fragiles, avec le réchauffement climatique, en plus, qui nous fait déjà souffrir. Alors, faites bien attention à nous, pensez à nous protéger et aidez-nous à pouvoir exister encore un peu !

Merci, les Moustachus, de prendre en compte mon message et de le diffuser auprès de vos fans et des participants au festival. Croyez-moi, ce ne sera pas Duluxe ! Au fait, pour en savoir plus sur moi et soutenir mes droits à exister et les droits de la nature, il vous suffit de consulter mon site web arcfleuvevivant.fr.

Hasta la vista ! Arc Fleuve Vivant, qui aimerait bien le rester.

Un été pas en forme olympique pour l’Arc


Alors que les Jeux Olympiques d’été de Paris 2024 ont été l’occasion d’une belle mise en avant de la Seine et de réaliser le rêve d’y rendre possible à nouveau la baignade, après plusieurs décennies d’interdiction, avec les épreuves de natation en eau libre pour les athlètes et la perspective qu’elle le soit pour tous dès l’année prochaine, l’Arc et ses affluents, n’ont pas été, pour leur part, à la fête cet été, une nouvelle fois encore.

Malgré un printemps relativement pluvieux, l’état d’alerte sécheresse sur le bassin de l’Arc a été déclenché par la préfecture des Bouches-du-Rhône à la mi-juillet et les épisodes de pollution se sont succédé tout l’été. Après un nouvel épisode de marée verte aux cyanobactéries à Trets, résurgence du premier survenu en début d’année, une pollution à Rousset, suite au nettoyage d’une cuve par une des industries présentes le long des berges de l’Arc, a conduit à une interdiction d’accès au fleuve sur cette zone fin juillet. Sur le Longarié, affluent de la Luynes, elle-même affluent de l’Arc, à Meyreuil, un équipement rejetant des eaux usées a été détecté, de même qu’une pollution à la confluence entre la Torse et l’Arc à Aix-en-Provence.

Notre association Arc Fleuve Vivant, alertée par des riverains, a saisi les autorités concernées et les médias sur ces pollutions, mais si des actions ont été prises dans certains cas pour préserver la santé publique, aucune explication n’a été encore donnée sur ces pollutions, malgré nos demandes*. Quant aux éventuelles sanctions, elles apparaissent bien hypothétiques et lointaines alors que les dégâts sur le milieu sont eux bien réels.

Un prélèvement et une analyse de l’eau de l’Arc sur la zone concernée à Rousset, réalisé par un spécialiste de notre association, ont révélé une pollution aux nitrates, nitrites, benzènes, antibiotiques, micro-plastiques dans des concentrations astronomiques et plus aucun micro-organisme vivant. Dans le cas du Longarié, il a été déclaré à un des membres de notre association que ce ruisseau n’est pas répertorié, donc que personne n’en est en charge et qu’aucune autorité ne peut agir.

Eau morte et champ libre aux pollueurs, une situation inadmissible pour notre association Arc Fleuve Vivant. Alors que Sophie Joissains, la maire d’Aix-en-Provence, principale localité traversée par le petit fleuve côtier sur près de 20 km et à la confluence de nombreux affluents, a annoncé en 2023 son souhait « que l’on puisse se baigner, à un horizon raisonnable de 15 à 20 ans, dans l’Arc », il est plus qu’urgent de mettre les paroles en actes, sans attendre ni se masquer davantage la réalité. Sinon, la question de la baignade risque de ne plus se poser du tout, sans cours d’eau en bon état de fonctionnement, voire sans eau tout court.

*voir les articles sur ce sujet dans notre rubrique Arc Fleuve Vivant dans les médias.

Illustration : Pollution de l’Arc à Rousset, juillet 2024
AFV Licence CC BY NC SA.